Brobeck Jean-Paul - Un miroir pour trois visages
Au début du Monde.


Mon histoire commence tout au début,
je veux dire au début du Monde.
Il y a tellement longtemps de cela, que l’on ne sait plus vraiment comment les choses se sont passées.
Mais je vais essayer de vous les raconter.

Voilà, au début un monde, il n’y avait rien !
Au début du Monde, il faisait tout noir.
Noir, comme dans une chambre qui n’est pas éclairée.

Alors Dieu se dit : on ne peut pas continuer
Faudrait mettre un peu de lumière,
Et c’est ainsi qu’il fit le soleil.
Pour accrocher le soleil, il fallait tout d’abord faire le ciel.
Dieu choisit de le faire tout bleu, avec quelques petits nuages blancs
Parce que des nuages, c’est beau dans le paysage.

Mais voilà, je vous l’avais dit, nous étions au tout début du Monde et le monde était comme une chambre mal rangée.
C’était un tohu-bohu, un vrai bazard comme on dit maintenant,
Alors Dieu dit : je dois faire du rangement.

Il commença donc par séparer la terre de l’océan.
De l’eau partout, vous imaginez !
L’eau sera regroupée dans les mers, dans les lacs, dans les ruisseaux et les rivières aussi.

Il choisit de donner à l’eau une couleur transparente afin de pouvoir regarder le fond.

Puis il fit les prairies au bord de l’eau, mais comme elles semblaient un peu trop plates, il fit les collines et les grosses montagnes. Sur les montagnes, il mit des arbres et un peu de neige parce que cela fait joli.

Il travailla dur, car il y avait beaucoup de choses à faire, je vous l’ai dit : c’était au début du Monde ; car il n’y avait encore rien, ou alors, on peut aussi dire, que tout était déjà là, mais que tout était mélangé.
Il fallait donc commencer par ranger.
Dieu travailla et puis il fut fatigué.

Alors il y eut un soir, puis il y eut un matin
Et Dieu se remit au travail de bon entrain.

Il était fier de son travail car il s’était bien appliqué, il avait fait tous les détails sans rien oublier.

Pourtant, il avait une drôle d’impression, l’impression qu’il manquait quelque chose alors il s’assit et il réfléchit.
Puis il trouva, ce qui n’allait pas. Voilà le monde était vide, il y avait bien les mers et les paysages, mais pas un seul être vivant.
Il avait trouvé, heureusement.

Alors il appela ses architectes et il les chargea d’inventer les êtres vivants.
Allez au travail ! J’attends vos plans.

Les architectes travaillèrent assidûment et très vite ils finirent les plans. Alors Dieu prit place dans son fauteuil et le défilé des architectes commença.

Le premier architecte présenta le plan du chien.
Un chien, c’est bien pour jouer avec les enfants.
Le chat, c’est pas mal aussi, surtout les chats gris.
L’éléphant fit rire énormément. Vous vous rendez compte un nez tellement grand !
Puis on présenta la girafe. Pratique une girafe pour chercher le ballon resté accroché dans les branches d’un arbre.

Puis ce fut le tour d’un architecte, comment dire, tout petit.
Il déroula son plan et l’on vit une chose étrange.
Un animal, sans poils, sans plumes aussi, on aurait dit un animal tout nu.
Non ! dit Dieu, celui-là
On ne le fera pas.

Le défilé continua :
On vit le lion, le tigre, le loup et le renard
On vit aussi les cigognes, les abeilles, les oiseaux et les poissons.
Le perroquet fit un bel effet avec toutes ses couleurs.
On n’en revenait pas.

Et puis revint le tout petit architecte, celui dont on avait refusé le plan. C’était un petit malin, il s’était remis au bout de la file.

Alors Dieu lui dit :
Mais c’est quoi cet animal-là ? Il ne ressemble à rien.
Sera-t-il rapide ? Sera-t-il celui qui saute le plus haut ?
Ou alors sert-il le plus gros ? ou alors encore sera-t-il le plus beau ?

A toutes ces questions, l’architecte répondit non. Il semblait triste que Dieu ne veuille pas de son plan. Pourtant il s’était appliqué. Mais voilà, peut-être n’était-il pas le plus doué ?

Alors Dieu vit qu’il était triste et qu’il allait pleurer. Alors il lui dit : je te laisse une dernière chance. Tu vas m’expliquer.

L’architecte eut soudain un sourire.
Dieu dit-il, je sais que mon animal n’est pas très réussi. Il n’a ni poils, ni plumes, il ne court pas vite et ne sait pas nager
Mais vois-tu, je lui ai mis dans la tête, un petit truc qui s’appelle un cerveau.
Mon animal saura penser.
Mon animal saura rêver
Mon animal saura inventer Il saura faire plein de choses
car il va un peu te ressembler.

On a beau être Dieu, on est quand même un peu fier que quelqu’un puisse vous ressembler

Alors, Dieu souleva les épaules. Il savait qu’il faisait peut-être bien une petite bêtise en permettant la construction d’une telle horreur
Alors, il apposa sa signature tout au bas du plan.

Et c’est ainsi que l’Homme est devenu un être vivant.

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