Brobeck Jean-Paul - Un miroir pour trois visages
Justice ?

La justice n’est pas de ce monde. Pourquoi les uns naîtraient-ils dans des familles riches, les autres dans des familles qui trouvent, tout juste, le moyen de subsister ?
Non : décidément, les choses semblent mal faites.
Ou alors, quand on y réfléchit bien, il n’y a peut-être qu’une seule justice : celle qui veut que chaque être, pauvre ou riche, soit obligé de mourir un jour.
Mais encore...

Un jour, disparut le grand Crésus. Son nom, à lui seul, est devenu le symbole même de la richesse, dans ce qu’elle a de plus excessif.

Quand Crésus se présenta devant la porte du paradis, il n’était pas en paix avec sa conscience. Le paradis, se disait-il, accueille les gens qui ont mené une vie exemplaire, une vie faite souvent de privations et de souffrances. Moi, je n’ai aucune chance.

Quand il sonna, une belle secrétaire blonde lui ouvrit le portail et lui demanda de patienter quelques instants, dans la salle d’attente.

Quand arriva son tour, Crésus se présenta devant le grand Saint Pierre.
Il était assis derrière un énorme bureau, feuilletant négligemment son gros livre de compte.

“Monsieur Crésus, si je ne me trompe ? Prenez place : nous allons examiner votre cas.“

Vous dire que Crésus était à l’aise serait loin de la vérité. Il était assis, recroquevillé sur son siège, essayant de se faire tout petit.

Saint Pierre tourna les pages de son livre.

“ Ah ! je vois que vous ne vous refusiez rien ! Je vois des palais, des bijoux à profusion.“
A ces mot, Crésus se tassa encore un peu plus sur son siège.

“ Ah ! je vois aussi des fêtes grandioses, des repas avec des mets les plus raffinés.”
Sur son fauteuil, Crésus se faisait de plus en plus petit. Ah ! S’il avait pu se cacher, dis-paraître.

“ Mais dites-moi, et Saint Pierre levait un doigt accusateur, je vois des chevaux de courses, des femmes les unes plus belles que les autres. “

Alors, ne pouvant en supporter d’avantage, Crésus du fond du coeur lança cette phrase :

“ Saint Pierre, rien ne sert de regretter, j’ai fauté, je le concède. J’ai vécu dans le luxe ; mais qu’on en finisse, condamnez-moi à l’enfer “

- Qui parle d’enfer ? répliqua le grand Saint Pierre. - Vous irez au paradis.”
Mais, ajouta-t-il d’un air moqueur :

“ Vous risquez d’être déçu.
Ce sera votre punition. »


Les photographies, reportages, textes et poemes sont la propriété intellectuelle de Jean-Paul Brobeck et ne peuvent être utilisés qu'avec l'autorisation écrite de l'auteur.