Un miroir pour 3 visages
Brobeck Jean-Paul
L'âme soeur

Soudain, on entendit le craquement d’une allumette.
Une lueur jaillit dans la nuit. Lueur d’autant plus éblouissante que la nuit était noire.

La flamme grignota la première brindille ; puis de brindilles en brindilles, elle embrasa tout le tas de bois mort que nous avions rassemblé dans la clairière.

C’est drôle l’analogie entre le feu et l’amour.
Il suffit d’un tout petit rien pour embraser le tout.
Un regard, une odeur, un frôlement, une silhouette et voilà le cœur qui s’enflamme.

Le feu faisait entendre un ronflement de plaisir. On entendait craquer le bois encore gorgé de sève.
Faut-il avoir le cœur sec, pour que prenne le feu de l’amour ? Faut-il avoir suffisamment pleuré pour s’être vidé de cette sève qui résiste au feu ?

Le feu gagnait les branches de plus en plus grosses. Alors c’étaient de véritables explosions qui envoyaient des feux d’artifice vers le ciel.

Nous étions là, serrés les uns à côtés des autres, comme fascinés pour les flammes qui dansaient dans la fournaise.
Fascination du feu, fascination de l’amour.
Le feu envoie ses rayons de chaleur ; les amoureux irradient de bonheur.
Avez-vous déjà croisé le regard d’une femme amoureuse ?
C’est le soleil qui brille au fond de ses yeux.
Quand on aime, on devient soleil.

Alors quelqu’un entonna une chanson et dans le silence ponctué de craquements, s’éleva comme un air de bonheur, un air de sérénité. Nous étions réunis par un je-ne-sais-quoi.
Comme les amoureux qui ne font plus qu’un seul être.

Nous étions hors du temps, bien à l’abri dans ces parenthèses de lumière et de ténèbres, loin très loin comme si nous étions sur une autre planète.

Et là-haut, l’immensité du firmament, au fur et à mesure que le feu perdait de sa puissance, il allumait des étoiles dans le ciel immense.
Vertige de l’immensité. Vertige de l’infini.
Ces milliards d’étoiles qui brillent depuis des milliards d’années et ces milliards d’humains qui comme nous ont contemplé le même spectacle.

Et je me suis mis à rêver.
Dire que dans cette voûté étoilée, parmi ces milliards de milliards d’étoiles, il y en a peut-être une qui met destinée.
L’âme sœur, l’autre moitié de moi-même. L’autre moitié que je complète et qui me complète. Les deux morceaux du symbole reconstitué et qui donne le Sens.
L’âme sœur, celle qui comprend sans parler, celle qui connaît les paroles avant même qu’elles ne soient prononcées, celle qui devine , celle qui sait, qui sait le plus profond de mon être.
Celle qui chasse toutes les peurs. Celle avec qui je peux être enfin moi-même.
Celle qui me nourrit et que je nourris sans rien perdre, en un enrichissement continuel.
L’amour naît de l’amour. L’amour qui rend fort, l’amour qui calme, l’amour qui permet de supporter l’Autre qui donne leur place aux autres car aimer c’est partager.
L’âme sœur ! Oui.
Heureux ceux qui ont la chance de l’avoir rencontrée. Heureux ceux qui se sont reconnus. Heureux ceux qui ont retrouvé leur unité.

C’est peut-être cela le paradis ?

Mais que dire de tous ceux qui sont condamnés à la solitude. La solitude à deux est encore plus terrible.

Et que dire de tous ceux qui ont eu le malheur de rencontrer l’âme sœur

Juste un peu trop tard.



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