Brobeck Jean-Paul - Un miroir pour trois visages
La veillée


C’était il y a bien longtemps.
C’était avant l’invention de la télévision.
A cette époque-là, les gens pour ne pas s’ennuyer jouaient de la musique ou bien ils chantaient.
Ils s’invitaient aussi les uns les autres,
Alors on allait chez le voisin,
Maman avait préparé un bon gâteau.
Quand il faisait froid, on préparait du vin chaud,
et les gens se racontaient des histoires.
On était bien, près de la cheminée
Et les flammes faisaient danser sur les murs
De grands fantômes d’ombres.

Il ne faut pas croire que seuls les gens organisaient des veillées.
Ah non ! les animaux, eux aussi s’invitaient.
Peut-être que certains d’entre vous, croient que les animaux ne savent pas parler
Et bien, moi je vous dis que ce n’est pas vrai.
Les animaux savent parler, mais voilà
C’est nous les hommes qui ne pouvons pas les comprendre.

Donc un soir, les animaux avaient organisé une grande veillée.
Bien sûr les animaux ne boivent pas de vin chaud,
Bien sûr les animaux ne savent pas faire des gâteaux
Mais chacun avait apporté ce qu’il aimait.
Le chien était venu avec un gros os
L’âne avait apporté une botte de foin,
La cigogne un plat de cuisses de grenouilles
Le corbeau avait volé un fromage
Etcetera etcetera….


Donc les animaux étaient réunis et chacun se mit à raconter.
Il racontait ses aventures, il parlait de sa vie.

Moi, dit la cigogne, j’ai beaucoup de travail pour livrer tous les bébés.
Je préfère voler la nuit, parce qu’il y a moins de circulation
Mais aussi parce que je peux passer inaperçue.
Voilà, j’arrive quand il fait noir,
Ni vue, ni connue.
Le lendemain matin, les enfants découvrent un petit frère ou une petite sœur
Que j’ai déposé dans le berceau.
Moi, je vole dans le ciel tout là-haut
Et je suis heureuse, quand je vois que les gens sont contents.

Moi, dit l’ours, j’ai une drôle de vie.
Imaginez-vous, que je passe beaucoup de temps dans mon lit.
Quand vient l’automne, je me mets à bailler
J’arrête de manger et je tombe de sommeil,
Au printemps, c’est le soleil qui me réveille.

Moi, dit l’hirondelle
Je fais de grands voyages.
Comme je n’aime pas le froid
Je m’envole vers les pays où il fait beau.
Je vais là où il fait toujours chaud.

Le saumon dit : écoutez voir mes amis.
Moi, je suis né dans un petit ruisseau.
J’ai suivi le cours de l’eau.
Je me suis laissé emporter par le torrent,
J’ai nagé dans les rivières
Puis je suis entré dans les fleuves
Et je suis arrivé jusqu’à l’océan.
Il y a plein de nourriture dans l’océan,
Alors j’ai mangé et je suis devenu grand.
Puis un jour, j’ai eu le mal du pays
J’ai refait le voyage à l’envers,
Je suis reparti dans les fleuves et les rivières
J’ai remonté le torrent
Et je suis revenu au pays de mes parents.

Puis ce fut le tour de la petite goutte d’eau.
Moi, dit-elle, je peux naître de la pluie ou de la rosée
Je me réveille un beau matin et je regarde autour de moi.
Je vais jouer avec mes copines
Et quand nous sommes nombreuses, nous nous mettons à couler.
D’abord nous faisons de tout petits ruisseaux ;
Et quand les ruisseaux se rencontrent, ils deviennent
De plus en plus gros.
C’est un peu comme pour toi, dit-elle en jetant un regard complice au saumon.

Nous aussi, nous arrivons jusque dans la mer,
Mais comme il fait trop chaud,
Le soleil nous fait évaporer.
Nous nous transformons en nuages
Et nous allons jouer dans le ciel .

Alors commence une longue promenade
Le vent vient nous pousser
Nous survolons des paysages
Et pour passer les montagnes
Nous devons monter de plus en plus haut.
Il fait très froid quand on monte
Et nous nous mettons à grelotter
Alors, certaines d’entre nous, se transforment en flocons de neige,
D’autres redeviennent de simples gouttes d’eau
Et puis un jour nous nous réveillons
Gouttes de pluie ou perles de rosée.


On en était là quand quelqu’un dit :
Vous avez vu l’heure.
Il est presque minuit.
Aller hop ! nous devons vite aller nous coucher.

Alors chacun, chez soi, est reparti
En promettant de revenir
Car on avait passé une bonne soirée entre amis




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