Brobeck Jean-Paul - Un miroir pour trois visages
La pendule.

Surtout n’allez pas croire que je suis contre le progrès. J’essaie d’apprécier consciemment tout ce que nous offre le monde actuel.

Prenez, par exemple : la mesure du temps.

Un problème qui a toujours préoccupé les hommes.
Horloge à eau, sablier, cadran solaire, veilleur de nuit qui passe dans les ruelles avec sa lanterne et qui chante les heures qui passent.
Maintenant, nous en sommes à l’horloge atomique. Mais sans aller si loin, qui ne possède une simple montre à quartz d’une précision presque incroyable ?

Tout juste quelques secondes de décalage au bout de quelques mois !

Pourtant, je reste profondément attaché à la vieille pendule qui me vient de mon arrière grand-père. C’est une mécanique tout en laiton, un coeur qui bat dans sa boîte vitrée, là-bas, au mur du salon.
Ces horloges que l’on a baptisées “régulateurs” n’ont certainement ni la précision infaillible, ni les commodités des montres modernes. Partez en vacances, elle s’arrêtera, faute d’avoir été remontée?
J’ai besoin d’entendre le tic-tac régulier, inquiétant et sécurisant à la fois. Et, quand mon horloge s’arrête, il se fait brusquement un grand silence, insupportable.

Mais il y a autre chose encore. J’ai mis beaucoup de temps à comprendre.
C’est le balancier qui me fascine.
Son mouvement, d’un extrême à l’autre, en passant par la position centrale.
Et puis, une évidence.

N’en est-il pas de même pour toute notre vie ?

Nous oscillons d’un extrême à l’autre
de l’infiniment petit à l’infiniment grand
de la tristesse à la joie,
de l’espoir au désespoir,
de l’envie à la lassitude,
de l’autorité à la soumission,
de la volonté au découragement.

Et il en est ainsi pour toute chose.
Une oscillation perpétuelle, une recherche de la position centrale. C’est peut-être là que se cache la Vérité.

Mais regardez bien le balancier de ma pendule.
N’est-il pas le symbole de l’Homme dans sa course folle, obstinée, à la recherche de son équilibre, de sa vérité ?

Balancier, tu me fascines et tu me fais peur, car il n’y a qu’une position d’équilibre, celle que tu n’atteins qu’une seule fois,
définitivement.
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